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Histoire de savoir à qui vous avez à faire. Histoire de savoir avec qui vous êtes en affaire |
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Mon fils Christophe, celui qui a 27 ans, le passionné par l' informatique, m' a chargé d' écrire quelques lignes sur l' histoire de POISSON SAINT-ELOI. C' est Robert POISSON, mon père, arrivé en 1944 à Saint-Maur à l'age de 34 ans, qu' il faut intérroger. C' est à lui de raconter. C' est son histoire. Personnellement, le passé
évoque pour nous, ma soeur et mes deux frères, notre enfance.
Robert Poisson, vous arrivez en 1944 à Saint-Maur, à 34 ans, pour
créer votre entreprise. Mais avant ?
D' abord, je voudrais que Gilberte, mon épouse, se joigne à nous, car c' est avec elle que je suis venu à Saint-Maur, et grâce à sa tenacité et à son courage que nous sommes rentrés dans cette aventure de création d' entreprise. Avant la guerre, j' étais "Chef de service", le nom de cadre est venu plus tard, à la Quincaillerie Centrale. Cette quincaillerie a été créée par mon père et six autres quincailliers de Paris qui ont chacun amené leur fonds de commerce. Cette création était le fruit d'une collabaration et d' une entente entre collégues déjà ancienne car ils se réunisaient pour acheter en commun de la marchandise avec comme objectif la contenance d' un wagon. Ils se réunissaient place de la Bastille, au Carillon. L' emplacement existe toujours, mais l' enseigne c'est uniformisée en Hypopotatruc.
Les bistros tenaient donc une grande place ?
Les Bistros ? Il y avait plus de bistros que de boulangeries. Le nombre d' artisans qui fréquentaient une quincaillerie justifiait l'existance d' une "annexe". A Paris les artisans payaient le coup aux commis. L' astuce consistait en un prétexte inventif pour ne pas aller boire ce coup qui, noté sur l'ardoise de chacun par le patron, se transformait le midi en super casse-croûte. A la Quincaillerie Centrale, rue des Martyrs, le bistro avait les mêmes horaires que la quincaillerie, il etait fermé le samedi aprés-midi et le dimanche. Bien sûr, il est difficile d' imaginer à cette heure où l'on porte le portable que nous n' avions d' autre possibilité pour porter notre voix à l' autre que de le voir, de se rencontrer pour se raconter. La création des Ets Poisson à Saint-Maur coïncide avec l' utilisation des premiers centraux téléphoniques automatiques, nous avions le numero GRA (gravelle) 04 00. Beaucoup de nos clients n' avaient pas le téléphone. La photo avec le vélo ?
![]() Cette photo n' est pas d' époque, elle fut prise pour les 30 ans de la maison. Mais le vélo, lui, c' est mon vélo !!! En 1944, je m' en servais pour aller à Paris prendre les rares marchandises disponibles. Nous étions "occupés" et l' acier avait du mal à servir à autre chose, hélas, qu' à la fabrication d' armes.
Vos fils vous ont rejoint ?
![]() Oui, tous les trois, entre 20 et 24 ans, après des périodes professionnelles chez d' autres commerçants et avec des compétences très différentes,ont rejoint l' entreprise. L' ainé est même déjà à la retraite. C' est un peu comme une course de relais; avec ma femme nous avons couru en tête et après chacun vint apporter ces compétences. Actuellement, c' est Claude qui dirige la maison.
Et les petits fils ?
Certains oui, certains non, certains ont encore le temps d' y penser.
Parmi les grands, un est déjà salarié et il est responsable de
l' informatique et du développement.
Mais ils sont là le jour de l' inventaire, jour de rush, jour de ruche.
Ils font venir les copains et comptent les 35000 réfèrences du magasin dans la journée et grâce à l'ordinateur quelques jours aprés ils ont le résultat.
Avant la mémoire de l' ordinateur, avec ma femme, pour ne pas
rechercher le prix d' achat des articles, nous avions mis au point un
code. Sur les articles, nous remplacions les chiffres du prix d'achat
par les lettres du mot ABSOLUMENT (un mot de 10 lettres pour 10
chiffres). A la quincaillerie Butin, Bd. Saint-Martin, nous employions
le mot "SACREPUTIN", ce qui était plus local. Reste à savoir dans
quel sens ce mot était utilisé, si le 1 etait le A ou le T. Je
ne vous le dirai pas car il faut qu'un secret, même dévoilé, reste
un secret. Saint-Eloi est ce le hasard ?
Saint-Eloi est le Saint patron des gens qui travaillent les métaux. ![]() L' enseigne "A Saint-Eloi" de la quincaillerie Simon, rue de Charonne à Paris, n' est donc pas un hasard. Il était normal que mon père ne change pas l'enseigne de la boutique qu' il racheta en 1909.
Pour nous, choisir
Saint-Eloi avec Gilberte, mon épouse, lors de la création de notre
Entreprise, c' était certainement établir un lien sentimental avec
mon enfance et mes parents.
La connaissance ?
Nous avons toujours formé des apprentis, nous en avons parfois une
douzaine en même temps. Moi-même, j' ai passé le premier certificat
d' aptitudes professionnelles de la quincaillerie en 1929. Une culture
ne s' acquièrt pas par autochargement dans le cerveau, sauf à la
télévision.
C'est l' observation de tout, l' analyse et les recoupements
d' informations qui, catalisés par l'intéret que l'on porte à sa
profession, vont inscrire les connaissances dans notre memoire,
vont inscrire la capacité d' acquérir, avec gourmandise, encore et
encore d' autres connaissances et, là, pas d' indigestion, la
capacité de notre cerveau ne connait pas de limite. C' est le
miracle de la mémoire ou plutôt des mémoires.
En quincaillerie,et surtout chez POISSON SAINT-ELOI, la mémoire est collective, nous sommes toujours en train de nous demander, de nous renseigner les uns les autres. Et, si l' un ne sait pas, l' autre doit savoir
oû quérir l' information qui manque.
Notre capacité à trouver l' introuvable, se trouve dans l' esprit
de la maison.
En espérant
que les clients n' en profitent pas et jouent le jeu en se fournissant
régulièrement chez nous. C' est ce que font les professionnels et
beaucoup moins les particuliers, dont le premier reflex est d' acheter,
miroir aux alouettes oblige, dans les grandes surfaces et de venir
chercher l' introuvable chez nous, ce qui à terme n' est pas viable.
Et lorsque quelque chose n' est pas viable, il meurt.
Un de mes fils raconte qu' un client lui a demandé un clou,
pas deux, un. Mais à tête large. Le client le trouvant trop long, le clou fut sectionné.
Le client a demandé combien il devait et mon fils à répondu : "Ce
que vous voulez, car pour le temps passé ce clou n' a plus de prix."
Pour moi les choses étaient plus faciles en matière de prix. Bien sûr
nous avions des gros clients à petit coefficient, mais nous appliquions
une marge sur l' ensemble du magasin, les clients achetant l' ensemble
de leurs besoins, tous le monde s' y retrouvait et l' argent perdu par
les articles à faible rotation était compensé par les articles à
forte rotation. Le client payait le service de la mise à disposition
de l' ensemble de ses besoins.
L'arrivée des "Fournitures
industrielles" qui ne vendent que des articles à forte rotation,
des consomables faciles à vendre sans compétence, ont
bouleversé les méthodes de calcul des prix, il fallut introduire
des marges compensées et faire disparaître les articles à faible
rotation.
Ce côté humain ne nous a jamais quitté car la maison n' a pas des
employés mais des femmes et des hommes riches de leurs cultures
qui forment une connaissance globale mise à la disposition de la
clientèle. Guy Poisson 1999. |
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